lundi 4 mai 2015

Bas les masques! ou L'importance de la parodie et du pastiche...

(Ce billet est dédicacé aux "Anonymes Consternants" et à mes 3 copines de Tw)      

          Il y a trois mois tout le monde "était Charlie" et exprimait vivement sa sympathie pour l'hebdomadaire satirique martyrisé. Lecteur ancien du journal (avec une parenthèse pendant la période P. Val la plus puante) j'avoue que j'étais très sceptique sur cet unanimisme qui me semblait assez bidon. Les événements récents survenus dans le microcosme des profs sur Twitter me l'ont vivement démontré.

Des faux-comptes "ignobles"

Las du débat complètement verrouillé sur la réforme du collège, sur l'évaluation, la pédagogie, les réformes...sur l'éducation en général, j'ai réalisé quelques petites blagues qui me semblaient vraiment bénignes. 
Débat verrouillé? Plusieurs personnages du même syndicat ou assimilé (l'UNSA, le CRAP) utilisent depuis des mois Twitter pour inonder leurs collègues de la même propagande. Ils diffusent des messages récurrents renvoyant à leur blog et sites tout en refusant tout débat véritable (où l'on écoute l'interlocuteur en s'efforçant de lui répondre). Quand l'interlocuteur à l'outrecuidance d'insister avec ses questions et ses désaccords, notre diffuseur de propagande progressiste, le bloque immédiatement et annonce à tous ses contacts qu'il faut en faire autant. Spécialistes de ces méthodes, les élus de l'UNSA (@alozach et @2vanssay particulièrement) qui adorent dénigrer leurs concurrents SNES, SNALC ou FO pendant les réunions du CSE tenues au ministère...mais qui ne se risqueront pas à débattre avec vous sur twitter, enfin pas trop longtemps, surtout si vous n'êtes pas d'accord avec eux. 
A titre de contre-exemple, je citerais d'autres collègues dont je ne partage pas spécialement les idées mais  avec qui la discussion est toujours possible: comme @SacreCharlemagne ou même @LoysBonod avec qui je n'ai pas beaucoup de proximité idéologique. 
Pour faire sauter le verrou, j'ai employé l'humour et la parodie, j'ai d'abord créé @Alozachi où j'ai grossièrement couvert la photo de mon collègue d'une moustache puis créé un faux profil commençant par "Compte parodique de..."

Des réactions très mesurées

      Je dois dire que j'ai été un peu attristé par la virulence des réactions. On m'a expliqué que je me livrais à du "harcèlement", on m'a cité les articles du Code pénal afférent au harcèlement et enfin dans un message qui ne lasse pas de me faire rire, on a averti la CNIL avant de menacer d'aller aux flics carrément. 
Plusieurs supporters d'A. Lozach m'ont accusé d'avoir purement et simplement volé son identité ! Le compte s'appelait donc @alozachi mais j'avais volé l'identité de Lozach... Il y avait une moustache grotesque sur sa PP et le profil commençait par "Compte parodique de...". J'ajoute que le compte a émis peut être 15 tweets, pas grossiers ni orduriers, sur le mode de la parodie bon enfant (insistant essentiellement sur le fait que notre collègue tire une grande fierté de tweeter depuis la rue de Grenelle). 
Ensuite, les adversaires ont cherché à effrayer les amateurs de parodie en annonçant bloquer tous leurs followers (merci @LaurentFillion et @AurélieGascon pour cette réaction digne de l'Inquisition, j'ai beaucoup apprécié, j'ai découvert, étonné, votre vraie nature)...Comme si l'objectif de @alozachi était d'avoir beaucoup de followers?! 
L'objectif était de parodier, de caricaturer les tweets d'un syndicaliste dont l'orgueil est devenu énorme, à la taille du mépris qu'il a pour ceux qui ne partagent pas son avis. Merci alors à @PROFdeLycPro qui a défendu ma parodie contre vents et marées et qui a immédiatement compris que je ne voulais absolument pas m'en prendre personnellement à A. Lozach (que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam) mais simplement moquer son positionnement syndical. 

Battre le fer

Il n'y a que les pédagogues ébahis qui ne réfléchissent pas aux conséquences des interdictions qu'ils profèrent. Evidemment la tempête dans un verre d'eau provoquée par @alozachi m'avait rempli de joie! Voir l'indignation outrée de tant de prudes commentateurs était réjouissant. 
J'ai donc persisté dans le potache, le franchement con, le débile, la grosse caricature: @fifiwaterzoi pour ce cher P. Watrelot que j'aime bien mais avec qui je ne suis d'accord sur rien et bien sûr @LaVeuve3C pour notre amie De Vannsay dont l'attitude de dame-patronnesse est vraiment pénible, @SergentToto, @TachyonZonahl, etc.
Cette fois j'ai vu certains collègues soutenir la démarche ("Les Anonymes Consternants"), ils avaient déjà été victimes du mépris hautain de nos amis progressistes et comprenaient parfaitement le sens de ces parodies: 
Arrêtez de vous prendre au sérieux, dégonflez votre égo et acceptez la contradiction et le débat!

Twitter et l'absence totale d'esprit critique

Ce qui  m'a le plus frappé pendant ce mois de farces et attrapes sur le réseau social, c'est l'absence d'esprit critique de la part de certains collègues. Avec un peu de connaissances du milieu enseignant, il est très facile de créer des comptes faux (mais pas tout à fait parodiques, cette fois) et se faire "passer pour": ça a débuté à cause de ce tic des "progressistes" de bloquer tous leurs contradicteurs. Forcément, j'ai eu envie de savoir ce qu'on tweetait dans mon dos. 
Comment trouver grâce aux yeux des "progressistes"? Il suffit de leur dire ce qu'ils ont envie d'entendre, que vous êtes jeune, "expérimentateur", que vous aimez les "TICE"...Bref que vous êtes comme eux! Et que, s'ils sont gentils, vous serez leur ami pour toujours!
Et, et, et il faut impérativement un prénom et un nom. Les "progressistes" sont TOUJOURS honnêtes (ils ont un côté jésuite très prononcé finalement) et utilisent TOUJOURS leur vrai patronyme pour tweeter (sauf Mila Sainte Anne mais on comprend pourquoi, en la lisant). Donc, en farfouillant 10 minutes sur le web, j'ai créé ce profil:


qui a marché assez bien (tous les bloqueurs ont afflué en masse pour être très très gentils avec moi). Au moment de l'affaire @alozachi j'ai pu ainsi longuement discuter avec une des collègues les plus acharnées contre moi. Au bout d'un moment, les "progressistes" ont trouvé que je posais trop de questions désagréables et ont fini par me bloquer à nouveau. (Top des questions qui les insupportent: êtes vous militant au PS? Avez vous une décharge totale pour militer? colère de gamin de 4 ans assurée en 3 tweets, essayez!). J'en profite pour présenter mes excuses à tous les vrais gentils qui ont vraiment voulu aider ce pauvre Quentin à entrer dans le métier...Désolé!

J'ai ensuite voulu tester d'autres dimensions de la sphère enseignante sur Twitter pour savoir si les "progressistes" étaient les plus crédules ou pas. J'ai créé Jean Jacques Dinons, pour appâter la sphère conservatrice de notre milieu:


Là, je regrette d'avoir un peu trop chargé la barque (Ancien élève de la rue d'Ulm, c'était too much) mais pour le reste, ce visage sympathique d'un chirurgien esthétique monégasque a assez bien fonctionné, j'ai fini par être suivi par plusieurs tweetos référence de la sphère conservatrice comme @loysbonod ou @Kripure. Mais pas moyen de séduire cet universitaire si investi dans le groupuscule Demain la France...grand regret! 

Pour terminer, se pourrait-il que d'autres collègues ni progressistes ni conservateurs soient aussi un peu crédule

Oh non! Après tout, tous les profs travaillent d'arrache-pied chaque jour pour enseigner l'esprit critique, surtout les collègues d'histoire géo...Eh bien, imaginez qu'une proviseur-adjointe se mette à tweeter des choses très désagréables sur les profs...


Eh oui, plusieurs collègues que j'aime beaucoup ont sauté à la gorge de cette proviseur imaginaire (heureusement!!) qui tweetait que la semaine précédent les vacances, les feuilles de maladies des profs s'accumulaient sur son bureau! (oh la vilaine).
C'était pour rire! Ah là là, une photo, un patronyme complet et un profil "crédible" et vous foncez tête baissée...

(Ces 3 comptes ont tweeté le même message ce soir: la scène de 2001 où HAL est désactivé, ils seront désactivés eux-mêmes dans les 24h)

Conclusion (il était temps)

(Notez que je me moque des posts hyper longs de l'ami Watrelot et je fais pire...Ridicule!)

-Bloquer ne sert à rien ou presque: Au contraire vous donnez encore plus envie à ceux qui veulent vous lire de vous lire par tous les moyens.

-Si vous avez des responsabilités, une certaine notoriété dans le milieu...De grâce ne vous prenez pas au sérieux! Acceptez qu'on se foute (un peu) de votre gueule! C'est la vie! dans les limites du raisonnable, ça s'appelle la parodie et la caricature (vous êtes bien Charlie non?)

-D'une manière générale, acceptez le débat! Si vous avez un compte public avec pas mal de followers (genre plus de 1000) et que vous tweetez beaucoup, il est normal de rencontrer des gens en désaccord avec vos idées (le contraire me ferait peur, moi). 

-Enfin, soyez prudent quand vous regardez les profils: Un "vrai" patronyme, une photo, un profil sympa, ça prend 5 minutes à créer!

-Corollaire du précédent: Ami progressiste ("pédagogo") arrête de nous saouler avec ton "vrai" nom, il ne signifie rien ou presque. Intéresse toi plutôt au contenu. Je lis des trucs formidables de twittos sous pseudos et des trucs nuls de "vrais" twittos.


mardi 7 avril 2015

La nouvelle panacée au collège: les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI)

Contexte

            J'enseigne en lycée depuis la rentrée 2005. Mon expérience en collège a été très réduite. De plus, pendant que certains collègues passaient entre les fourches caudines de l'IUFM, j'apprenais sur le tas à la fac puis au lycée auprès des élèves et surtout auprès de nombreux collègues qui ont accepté de partager avec moi leurs secrets, petits et grands. Je dois dire d'entrée que mes compétences pédagogiques sont tant au plan théorique que pratique, très restreintes. Cela étant dit, au lycée, j'ai enseigné à tous les niveaux, tout type de classe et pour l'objet de ce billet j'ai une certaine pratique de l'interdisciplinarité. J'encadre presque chaque année des Travaux personnels encadrés (TPE) associant l'HG aux lettres ou aux SES et comme américaniste, j'enseigne l'histoire et la civilisation des Etats-Unis en anglais, avec souvent un biais juridique. 

La réforme du collège, le projet et ses thuriféraires

          Tout récemment, Mme la ministre a présenté un projet pour modifier le collège. Tous les observateurs et acteurs de l'EN s'accordent à dire que le collège, ça va pas trop. Les déclinologues type néoprofs vous diront que c'est la mort de la jeunesse française. Je m'en tiendrais juste à répéter ici ce qui me frappe le plus. Un élève peut aujourd'hui traverser le collège (c'est-à-dire passer de 6ème à 3ème, parfois même sans redoubler) sans que ses pires difficultés ne soient corrigées. Pour dire les choses autrement, je peux témoigner que 15 à 20% des élèves de Seconde actuels ne peuvent en réalité suivre le cursus défini pour le lycée général. 
Là-dessus, Ta-da! Mme la ministre nous dévoile la grande réforme. En son cœur, on trouve le choix délibéré de réserver certaines heures de cours à des enseignements pluridisciplinaires qui "permettront aux élèves de comprendre le sens de leurs apprentissages en les croisant, en les contextualisant pour réaliser des projets collectifs concrets" (présentation officielle). Et le ministère de proposer 8 thèmes très bateau pour que toutes les matières puissent participer à ce nouveau machin pour les 5e, 4e et 3e. 
J'ai aussi consulté la prose des supporters de la réforme, évidemment l'UNSA et son blog modestement intitulé l'école de demain. Particulièrement alléché par les 2 articles publiés ce jour par l'intransigeant Anthony Lozach, le penseur histoire géo de ce syndicat ambitieux qu'est l'UNSA. J'encourage tous mes collègues à suivre @alozach sur twitter pour voir que notre collègue a surtout pour occupation de démolir le syndicat majoritaire SNES qu'il exècre...mais passons.


Le nouveau culte: l'interdisciplinarité

     Face aux difficultés (immenses) du collège et des collégiens, les solutions proposées sont, je dois dire, très surprenantes. Du point de vue d'un prof de lycée qui voit arriver les générations de 2nde dont beaucoup ont des problèmes majeurs avec l'orthographe, la syntaxe, la langue en général (pour ne pas parler des maths ou des LV) faire de l'interdisciplinarité semble osé. 
Comme caution scientifique, les supporters de la réforme comme S. De Vannsay ou A. Lozach renvoient immanquablement à la recension produite par l'Ifé de Lyon récemment  . On y apprend malheureusement pas grand chose ou en tout cas pas ce que nos amis UNSA croient y voir. L'interdisciplinarité est en effet à la mode, et souvent utilisée pour "éduquer à la citoyenneté" mais elle n'a nulle part les vertus exceptionnelles que les défenseurs de la réforme collège lui prêtent. Dans quels pays, dans quelle école, dans quelle étude voyons nous que l'interdisciplinarité faire reculer l'échec scolaire et réduit les inégalités ? Mystère.

Car écoutons, le grand apôtre Lozach "Comment prétendre former les citoyens du XXIe siècle sans cette capacité à relier les savoirs, à aborder les questions et les défis du monde actuel, sans affronter le complexe et l'incertitude?"
Notons que le ministère parle lui d'un magazine consacré à la machine à vapeur, de débats en caricatures ou de maquettes d'éoliennes...
Car Lozach nous explique que nous sommes face à "un mode de diversification pédagogique" expression absconse qu'il ne prend pas la peine de définir. Bien, on va enseigner autrement, mais comme il le reconnaît lui même "modestement" puisque ces fameux EPI ne compteront que...3h/semaine. 
Comme alors imaginer que cette réforme hardie puisse rendre le collège version 2016 plus juste et plus équitable? 

Une mise en oeuvre incompréhensible

        Mais il y a plus fort et cela apparaît très bien dans les 2 textes de Lozach. La réforme est invraisemblablement complexe à mettre en oeuvre. D'abord nous assure Lozach, elle ne remet pas du tout en cause les disciplines! Les EPI sont "intégrés" on vous dit. 
Donc au lieu de faire 3 ou 4 h d'HG avec sa classe on fera 2 ou 3h et 1h d'EPI avec Collègue de Français ou d'Anglais ou de Techno (ou les 4 pour les balaises). Mais les disciplines ne sont pas remises en cause, hein, on enlève juste une heure par semaine pour les EPI. 
Lozach nous prend pour des imbéciles.

En lycée, les TPE sont préparés en plus des horaires disciplinaires qui restent constants!

      Plus fort, Lozach explique dans son second post, "les EPI peuvent être en co-animation ou non" c'est-à-dire avec un prof ou 2 ou pas! C'est donc de l'interdisciplinarité ou pas! Quel humour!
J'en termine en soulignant que toutes ces décisions et cette organisation invraisemblablement complexes reposeront sur...le conseil pédagogique. Autrement dit, une fois de plus, le pouvoir du principal en matière pédagogique va s'accroître et la liberté de l'enseignant se réduire d'autant. Vous aimiez pas trop les réunions pénibles...la réforme va vous en créer encore plus. 

L'interdisciplinarité, c'est chouette mais c'est exigeant!

                    Je n'ai pas pratiqué les IDD de collège. Mon collègue Sacré Charlemagne en dit du bien et comme c'est un type intelligent je prends son avis au sérieux. 
       Je voudrais juste rassembler mon expérience de l'interdisciplinarité rapidement. J'ai enseigné en euro au lycée, j'encadre les TPE et j'enseigne la civi à la fac. Je peux dire tout simplement que l'idée que le trans ou le pluridisciplinaire soit une arme efficace contre l'échec scolaire est totalement saugrenue! Mêler réellement deux ou trois matières, c'est dans les faits extrêmement difficile et exigeant. Evidemment, c'est un rêve pédagogique, la segmentation disciplinaire étant bien sûr une limitation et un appauvrissement. 
Les écueils sont très nombreux: 
-il faut que les profs acceptent de collaborer et le fassent réellement (très difficile, les profs sont à la base, très individualistes) et ils doivent réussir à se partager la classe et les élèves et à se trouver des objectifs communs avec la même exigence (très difficile). 
-les élèves doivent accepter ces nouvelles règles, s'y plier et s'y donner à fond (l'expérience en TPE montre qu'ils sont déroutés et assez vite ils produisent peu ou pas d'efforts, surtout en groupe. Seuls les bons élèves travaillent de manière approfondie). 
-il faut déjà une vraie aisance avec les matières en elles-mêmes. Ex: les cours d'histoire, de civi en langue étrangère exigent un très bon niveau avec la LV non seulement pour comprendre mais aussi pour s'exprimer, interagir avec le prof...

Pour conclure


Tout cela me conduit à penser que ces EPI ne sont pas proposés pour faire un collège plus équitable

-Pour le ministère, c'est très simple: il s'agit de faire de l'innovant et du pas cher. Objectif doublement accompli avec les EPI. ça a l'air super innovant et ça ne coûte rien (intégré à la dotation disciplinaire ou presque). 
-Pour les syndicats d'accompagnement type UNSA et SGEN, l'intérêt c'est d'accomplir un peu leur grand fantasme pédagogique: que les savoir-faire et les compétences prennent le dessus sur les disciplines forcément anciennes et "élitistes". Les EPI seront le lieu évidemment rêvé pour faire des croix dans les livrets de compétences sans mettre des notes /20 qui traumatisent les petits enfants. 

Les inégalités sociales, l'UNSA & le SGEN s'en tapent. Sinon, ils auraient vraiment insisté pour réformer la carte scolaire ou augmenter les moyens des zones d'éducation prioritaire. Dans les deux cas, ils n'ont rien à dire.