mardi 18 mars 2014

Apocalypse 1ère Guerre mondiale, le meilleur comme le pire


            Soyons clair. Je n'aime pas le travail de Costelle & Clark. Je les ai même surnommés méchamment les "Vache Qui Rit" de l'histoire. Mais force est de constater le succès répété de leurs productions documentaires. J'ai donc visionné les 2 premiers épisodes (sur 5 je crois) de leur nouvel opus consacrés évidemment à 14-18. Eh bien, ça n'est pas si mauvais.

        Ce qui m'avait profondément déplu dans le film sur la Seconde Guerre et sur celui sur Hitler, on le retrouve à nouveau dans cette nouvelle série. La colorisation, la mise en scène spectaculaire avec la musique, les bruitages constants et le texte parfois indigent du commentaire (dit par l'amateur de complot Kassovitz) fatiguent toujours autant. Mais je dirais qu'il s'agit surtout de la forme et que ces artifices peuvent permettre de rendre le genre du "docu historique" un peu plus attirant pour les téléspectateurs. Appelons cela une concession à l'audimat. 
      En revanche, je reste (et nombre de collègues avec moi, semble-t-il) hérissé par le goût immodéré de Costelle & Clark pour les anecdotes inutiles. Dans le premier épisode on est servi: séquence sur la famille Romanov avec les 4 filles du tsar, passage totalement inutile sur l'hémophilie du tsarévitch et sur Raspoutine...Suivent des considérations idiotes sur les têtes couronnées européennes et sur le chien du Kaiser. Cet épanchement anecdotique conduit à des maladresses majeures. Ainsi, l’insistance sur la personne même de George V pourrait faire accroire que le dit souverain avait un pouvoir presque absolu en Angleterre. Le Premier ministre et le Parlement sont à peine mentionnés. Globalement, je dirais que la crise de l'été 14, son enchaînement dramatique sont très mal expliqués. Un comble quand on a pu lire cette année des synthèses brillantes comme Les Somnambules de C. Clark. 
        Mais par-dessous tout, ce qui m'insupporte dans les films Apocalypse c'est la pratique assumée et répétitive de l'anachronisme. Il y en a un énorme au début du 2ème épisode qui débute par l'évocation des célébrations nazies de la victoire de Tannenberg. J'ai trouvé cela d'une très grande maladresse. Imagine-t-on de commencer une présentation de la bataille de Verdun par un discours de Pétain devenu maréchal à Vichy? Comme tout anachronisme, cette irruption incongrue du nazisme produit un sens a-historique grotesque: Hindenburg devient par avance un proto-nazi avide de mort et de destruction...

           Pourtant, je dois dire que j'ai eu de nombreuses satisfactions quant au niveau historiographique des deux épisodes. On perçoit un travail de préparation beaucoup plus sérieux que sur les autres films qui trainaient pas mal d'erreurs, d'inexactitudes ou d'interprétations dépassées. Ici, à plusieurs reprises, le film est parfaitement à jour et même percutant. J'ai aimé le travail fait sur la prise (éphémère) de Mulhouse en août 1914, sur l'armée française en général (notamment la contribution des troupes coloniales) et surtout j'ai trouvé les mises au point sur les fronts africains, asiatiques et proche-orientaux remarquables. La mise en contexte sur le génocide arménien, concise, nette et très claire, m'a particulièrement marquée. On peut dire la même chose sur Gallipoli. 

            Il ne me reste plus qu'à espérer que dans les 3 derniers épisodes seront portés par cette nouvelle ambition. A défaut de nous apporter une esthétique documentaire appréciable, si le message historique est bon, on aura au moins gagné quelque chose...

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